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La plus vieille civilisation d'Amérique a succombé à El Niño


Par : AUDREY BINET


 La plus vieille civilisation d'Amérique a succombé à El Niño

La civilisation de Caral a développé des systèmes d’irrigations pour cultiver le coton. Certains sont toujours utilisés. © AP.

La plus ancienne civilisation d'Amérique, la civilisation de Caral, aura prospéré durant deux mille ans près de la côte pacifique du Pérou, à deux cents kilomètres au nord de Lima.

Mais il y a environ 3.600 ans, il n'a fallu qu'une poignée de générations pour voir s'éteindre cette société, particulièrement évoluée et considérée comme l'un des berceaux de la civilisation. Aujourd'hui, un groupe d'anthropologues affirme que la civilisation de Caral a été détruite par les conséquences d'un gros tremblement de terre, conjuguées aux effets d'El Niño, ce puissant courant côtier saisonnier qui se manifeste au large de l'Equateur et du Pérou.

L'étude, menée par des chercheurs de l'Université de Floride (USA) et de l'Institut des changements climatiques de l'Université du Maine (USA), est publiée dans l'édition en ligne des Annales de l'Académie américaine des Sciences.

La civilisation de Caral, aussi appelée « Norte Chico » ou « Caral Supe » est à l'origine des plus anciennes et des plus colossales constructions d'Amérique du Nord et du Sud. La plus impressionnante d'entre elles, exhumée sur le site archéologique, est sans aucun doute la « Piramide Mayor » avec une base de 150 mètres sur 160. Ce peuple péruvien qui se nourrissait principalement de poisson avait également développé des systèmes d'irrigation pour cultiver le coton et une série de légumes. « Cette communauté s'est hissée au sommet pendant deux mille ans et n'avait aucune raison de s'arrêter là, explique le professeur Mike Moseley, un des auteurs de l'étude. Elle a eu les ailes brusquement coupées. »

Qu'est ce qui a mis fin à cette belle ascension ? Un gros tremblement de terre et des pluies torrentielles, selon Mike Moseley et ses collègues. « Un énorme tremblement de terre, de magnitude 8 sur l'échelle de Richter, a frappé Caral et ses environs », reprend l'anthropologue. Cette région, située non loin d'une zone de frottement entre deux plaques tectoniques connaît en effet une des plus grandes activités sismiques de la planète. Outre les dégâts sur les constructions de la civilisation de Caral, le tremblement de terre a déstabilisé la chaîne de montagnes arides qui dominait la vallée, provoquant l'accumulation d'une très grande quantité de fragments de roche en contrebas. De plus, avec le courant El Niño, de grosses pluies saisonnières vinrent arroser les régions côtières du Pérou.

Canaux étouffés par le sable

Résultat : les pluies ont lessivé les débris rocheux jusqu'à l'océan qui les a rejetés sur la côte, formant une grande crête de sable et de limon appelée aujourd'hui Medio Mundo. Sous l'influence des puissants vents côtiers, les baies fertiles, ainsi isolées, se sont rapidement remplies de sable, étouffant les systèmes d'irrigation et les vastes étendues agricoles.

Victime des caprices de la nature et privée de ses ressources, la civilisation de Caral se serait alors progressivement essoufflée avant de disparaître. « La fin de cette civilisation pourrait servir de conte moral pour notre époque, notamment en ce qui concerne les effets du phénomène El Niño sur le climat », conclut Mike Moseley.



20/02/2009
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