Juancitucha

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Enquête sur une fosse commune liée à la guerre sale

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par Stefanie Schüler

Article publié le 11/03/2009 sur RFI : http://www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79150.asp


Des médecins-légistes ont commencé cette semaine à exhumer les corps d’une fosse commune à Huanta, dans le sud-est du Pérou. Selon la Commission Vérité et Réconciliation, qui a enquêté sur les crimes commis durant la guerre civile entre la guérilla du Sentier lumineux et l’Etat (1980 à 2000), il s’agit de victimes, torturées et exécutées par l’armée en 1984. 4000 charniers ont été découverts. Un quart de siècle plus tard, les familles réclament justice.


L’opération sur le cimetière de Huanta (à 550 km au sud-est de la capitale de Lima) durera deux semaines. Jusqu’au 23 mars, des médecins-légistes vont exhumer une cinquantaine de corps. Mais personne ne connaît le chiffre exact. « Nous croyons qu’il y a plus de 50 personnes qui ont été enterrées ici », explique l’une des médecins-légistes qui participent à l’exhumation. « Même la Commission Vérité et Réconciliation a seulement avancé des estimations approximatives. Mais quoi qu’il en soit, ce cimetière a une valeur hautement symbolique pour les habitants de Huanta. »

Selon les recherches menées par la Commission Vérité et Réconciliation, les victimes enterrées à Huanta sont des personnes, des paysans pour la plupart, disparues entre juillet et août 1984. A l’époque, la région fut l’un des épicentres des attaques du Sentier Lumineux. L’armée péruvienne aurait conduit les victimes au stade de Huanta, transformé en une base militaire. « Là elles ont été torturées, exécutées et on a fait disparaître leurs corps », déclare Karim Ninaquispe, un avocat des familles.

La guerre sale

Entre 1980 et 2000, les forces de l’ordre et l’armée péruvienne affrontent la guérilla maoïste du Sentier lumineux en une guerre sanglante. Au plus fort du conflit, la guérilla comptait environ mille membres mais elle contrôlait de nombreux villages de la campagne péruvienne, dont la population était souvent forcée de coopérer avec le Sentier lumineux. Quand l’armée péruvienne reprend les villages, elle massacre à son tour pour punir les villageois d’avoir « coopéré ». En 1992, pour répondre aux attaques des guérilleros, des lois antiterroristes draconiennes sont adoptées. Plus de 2 500 personnes sont alors jugées sous le régime dictatorial d’Alberto Fujimori. Victimes de tortures et d’exécutions sommaires, elles étaient condamnées à mort ou à des lourdes peines de prison en absence de tout procès équitable.


Les experts à Huanta espèrent que l’exhumation permettra l’identification des victimes, enterrées dans cette fosse commune. Des échantillons d’ADN devraient être prélevés des ossements et envoyés dans un laboratoire spécialisé aux Etats-Unis, où ils seront comparés avec l’ADN des familles. Les résultats de ces analyses risquent de n'être connus qu’en fin d’année.

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR)

Créée en 2002 (après le retour de la démocratie avec l’élection d’Alejandro Toledo en juin 2001), la Commission Vérité et Réconciliation recueille en 26 mois 17 000 témoignages de victimes et d’acteurs du conflit. La CVR rédige ensuite un rapport qui est rendu public. La réalité éclate alors au grand jour : la guerre civile a fait plus de 70 000 morts, aussi bien dans les rangs de la guérilla que parmi la population civile et les forces de l’ordre.


Lors de ses recherches, la Commission a identifié également 4 000 charniers à travers le pays. Mais à ce jour, une dizaine seulement ont été exhumés. Salomon Lerner Febres, l’ancien président de la Commission Vérité et Réconciliation, accuse la classe politique péruvienne, pour laquelle, selon lui, il vaut mieux « que les morts restent morts dans l’ignorance et l’oubli, sinon de nombreux hommes politiques impliqués dans les crimes de guerre devraient faire face à la justice ».



12/03/2009
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