Juancitucha

Juancitucha

L’amitié entre les peuples-classes subissant des dominations différentes.


mardi 17 février 2009 (12h27)

L’amitié entre les peuples-classes subissant des dominations différentes.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article600

La présence à Paris ce 17 février du Président bolivien Evo Morales Ayma à Paris permet une accroche paradoxale à cette contribution sur la solidarité entre les peuples.

Voilà un homme d’Etat, certes pas issu de la bourgeoisie de son pays, mais néanmoins chef d’Etat, qui adresse à l’Union européenne en juin 2008 une vive critique de la "directive de la honte" et dans le même jet de plume un message "en solidarité avec tous les clandestins". Un chef d’Etat solidaire avec la frange détestée des migrants de tous les gouvernements européens ; voilà qui suscite la surprise, puis l’approbation et enfin l’admiration .

A la suite de son geste les chefs d’Etat du Vénézuéla (Hugo Chavez), d’Equateur (Raphael Correa), du Brésil (Luiz Inacio Lula da Silva), d’Uruguay (Tabaré Vazquez), du Pérou (Alan Garcia), du Chili (Michelle Bachelet Jeria ), de Cuba (Raul Castro), d’Argentine (Cristina Fernández de Kirchner ) et du Mexique (Felipe Calderon) ont protesté contre la directive de la honte du 18 juin 2008. Pas de protestation en ce sens de Lucio Gutiérrez en Equateur, le complice d’Uribe Vélez en Colombie.Tous ces pays n’ont pas tous enclenché un processus d’émancipation très avancé en Amérique latine loin de là.

Un tel processus révolutionnaire part nécessairement d’en-bas même s’il doit trouver des cadres dans la société puis au sein des institutions politico-étatiques pour mener à bien ce processus. Il n’existe pas de "communisme spontané" abolissant l’Etat par la socialisation généralisée à la base. Mais le vecteur principal de la réussite du processus reste l’activité consciente du peuple-classe, son intervention soutenue dans la construction du néo-socialisme du continent. D’ou l’importance de la solidarité avec le peuple-classe (1), les peuples-classe et avec la fraction agissante de ces peuples-classe (ce que l’on nomme parfois "peuple de gauche" qui n’est que la fraction la plus mobilisée). La solidarité peut aller jusqu’à soutenir "les gouvernements qu’ils se sont choisi" ainsi que le dit le collectif d’appel à la solidarité avec le peuple bolivien (2)

Ce qui nous ramène à la crise systémique multiforme telle qu’ATTAC (3 ) et le groupe "crises" l’analyse . Ces crises montrent chaque jour que "leurs enjeux ne sont pas les nôtres". Elles laissent apparaître deux grandes "solutions" : soit le retour au "capitalisme pur", débarrassé de ses régulations exceptionnelles, soit la transformation sociale et même socialiste visant l’établissement d’un autre ordre du monde tant au plan social, qu’alimentaire , tant au plan écologique que géo-politique. La troisième voie existe pour certains : elle repose sur une alliance de classe entre le peuple-classe et une fraction progressiste de la bourgeoisie en vue d’un nouveau keynésianisme (4).

Un néo-solidarisme, pour autant qu’il soit possible et pensé dans un cadre continental tel que l’Europe suppose un degré élevé de solidarité et de conscience de classe, toute chose que l’on retrouve pas au sommet de l’appareil dit socialiste du PS. La crise du capitalisme néolibéral comme les perspectives possibles remettent en débat la question des solidarités et plus globalement de la solidarité entre peuples-classe subissant des dominations différentes, notamment entre ceux du centre ou de la Triade, dit ici du nord, et ceux de la périphérie, dit ici du sud, qui sont aussi approximativement les pays exclus du G20. Nous y reviendrons.

La question de la solidarité du peuple français ou des peuples de la Triade à l’égard des peuples du reste du monde se pose de façon particulière car les peuple du nord (ou du centre) bénéficient des miettes de la domination qu’ils peuvent par ailleurs critiquer à bon droit. Que certains mettent l’accent sur ce qui est commun et tendent à globaliser le nord (ou le sud) sous des terminologies variables dont celui d’Occident voilà qui est contestable.

I - L’Occident n’existe pas. Il est clivé.

La notion d’"ordre occidental" employée notamment par Jean Ziegler qui parle aussi d’ordre barbare permet déjà d’introduire une différentiation interne : " L’ordre occidental du monde relève de la violence structurelle, écrit Jean Ziegler.qui montre que derrière les valeurs universelles proclamées de l’Occident les peuples du sud voient aisément sans aucun effort l’arrogance et un souci de maintenir cout que cout leur domination. L’arrogance de qui ?

Qui est l’Occident ? Le G20 n’est pas l’Occident. S’agit-il d’accuser toutes les populations du nord à l’exception des seuls groupes politiques clairement anti-impérialistes ? Non, nous récusons cette vision qu’elle vienne du sud ou, ici, de groupes fondés sur des solidarités ethnico-raciales.

L’arrogance des touristes réactionnaires pèse peu dans la montée de la "haine de l’Occident" au sein des peuples du sud. S’agit-il alors des seuls gouvernements en collusion avec les grands dirigeants économiques des firmes multinationales ? Nous sommes là plus près de la vérité même cette réduction ne suffit pas. Disons que sont ici pointés les principaux responsables. Il est sûr que l’impérialisme est fondamentalement le fait des dirigeants politiques et économiques. Les peuples-classe ne participent pas à cette politique impériale. L’Occident globalisé n’existe donc pas.

Ajoutons que la division principale de l’Occident n’est pas principalement entre Etats mais interne à chaque pays. Au regard de certaines analyses critiques, notamment celles de Michel Husson (sur le protectionnisme), le clivage oppose frontalement et durement les capitalistes et la-bourgeoisie (plus en solidarité de classe qu’en concurrence) contre chaque peuple-classe (2).

Certes, on pourrait dire qu’ils ont voté pour les dirigeants politiques et qu’ils sont donc partiellement complices. C’est là ignorer l’autonomie relative du politique qui agit sans mandat et plus encore l’autonomie totale des dirigeants économiques dans les pays capitalistes dont la politique des firmes ne dépend pas du vote des salariés ni des citoyens. Ce que l’on pourrait défendre c’est que le clivage de classe apparait comme moins foncièrement antagonique qu’au plan national et plus soumis à appréciations diverses lorsqu’on envisage le rôle de la France dans le monde. Le "peuple de gauche" - qui est en France le peuple-classe agissant pour sa propre émancipation - ne réclame pas le retrait des firmes françaises du sud ni le démantèlement des sociétés transnationales, ni même le retrait des troupes militaires françaises envoyées dans les pays en conflits internes et contrôlés par le gouvernement français. Pourtant les firmes françaises sont tout autant que les groupes des USA le vecteur de la mondialisation capitaliste. Le débat va porter sur les politiques du FMI ou de l’OMC ce qui est autre chose. Ou sur le passage à l’impérialisme guerrier plus critiqué que le seul impérialisme économique plus caché et donc plus consenti surtout si des bénéfices de consommation peuvent être attendu.

Disposer d’une vision contrastée du nord ou de l’Occident est donc nécessaire. Nécessaire au nord (dans les pays du centre, du G8 ) commet au sud (dans les pays de la périphérie : les "non G20" voire les non G8). La domination vient essentiellement du sommet politico-économique des Etats du Nord, des pays de la Triade. N’en déplaise à la présidente du MEDEF, nous ne sommes pas tous dans le même bateau.

II - Solidarité de qui ? avec qui ?

* Solidarité DE QUI ICI ?

Si l’Occident est clivé surtout en classes sociales alors la solidarité venue du nord sera elle aussi contrastée (derrière l’usage uniforme des mots). Elle sera un geste politique avant d’être un engagement individuel. Car la solidarité passe d’abord par des organisations qu’il s’agisse d’envoyer du riz (version caritative) ou plus globalement d’inverser les processus politico-économiques en cours (politiques d’ajustement structurel, remboursement de la dette, contraction des politiques publiques, etc...) Un tel acte de conscience idéologico-politique ne saurait être porté par des groupes organisés soutenant l’ordre dominant . Autrement dit les forces ultra-libérales (de droite) et social-libérales (PS) ne peuvent organiser aucun soutien réel et authentique des peuples du sud puisque toute leur action politique vise le reste du temps à reconduire la domination impériale.

* Solidarité AVEC QUI là-bas ?

Les pays du sud sont aussi clivés. Dans le combat en solidarité il faut donc être clair sur deux points :
1 La solidarité ne se fait pas avec les bourgeoisies compradores du sud intégrées dans la mondialisation capitaliste et porteuses des politiques néolibérales dans leur pays ;
2 Elle ne se fait pas non plus uniquement qu’avec les plus miséreux du sud. Autrement dit, il convient de se garder - d’une part d’une certaine imprécision solidaire qui globalise le peuple sans adjectif en faisant comme si les bourgeoisies n’existaient pas au sud et que tous étaient pauvres et - d’autre part d’une solidarité misérabiliste qui ne s’adresse qu’aux plus pauvres des pauvres (ceux qui ont 1 ou 2 dollards par jour).

La solidarité s’adresse donc au peuple-classe, qui subi une domination particulière suscitant le mouvement solidaire. Car le peuple-classe en général est par définition dominé (du fait de sa définition par l’exclusion de la couche dominante). Mais cette domination peut être adoucie par divers moyens qui aboutissent à ce qu’elle soit consentie ou rendue invisible. Ce sont ces moyens d’acceptation qui sont en crise aujourd’hui car l’Etat social n’a plus les moyens de se réaliser avec les logiques néolibérales. Vouloir un Etat social c’est donc enclencher un processus révolutionnaire qui remet en cause les fondamentaux du capitalisme, sa logique du profit, sa dynamique inégalitaire, etc...

Ce faisant la solidarité des peuples-classe du nord s’adresse bien à une très large configuration de la population d’un pays, ou de plusieurs pays particulièrement assujettis aux politiques néo-coloniales et ou impérialistes. Dans un cadre d’organisation d’une solidarité consciente cette solidarité a vocation à s’adresser à quasiment tous les pays, tant au nord qu’au sud qui se trouve dominée. Au sud cette domination est le fait à la fois d’une ou des puissances impérialistes et d’une couche locale relaie de la domination. Mais c’est la domination impérialiste qui est la plus forte.

Une fraction du peuple-classe peut participer à la domination impériale ou néo-coloniale contre un autre comme c’est le cas d’Israël contre le peuple palestinien. Cela peut amener à des considérations différentes des grandes lignes ici posées car il s’agit en l’espèce d’une domination puissante, soutenue forte et multiple qui vise à l’écrasement total d’un peuple y compris son élite. Quant une guerre militaire apparait la collusion des classes dominantes des pays en guerre disparait . Ce qui ne signifie pas disparition des classes sociales en interne. Simplement les conflits de classe "économique" sont plus masqués par les effets visiblement destructeurs de la guerre.

Quelle différence avec la situation au nord ?

Les peuples-classe des puissances impérialistes de second rang au nord subissent aussi la domination économique des USA et de ses firmes mais la domination provient aussi et même très fortement de leur propre bourgeoisie de leur propres capitalistes . Le salariat des pays riches doit être protégé tout autant sinon plus de sa propre bourgeoisie que de la bourgeoisie des USA (cf débat sur le protectionnisme : qui protège-t-on ?) La bourgeoisie nationale française ou d’autres grandes puissances n’est pas qu’une couche relais de l’impérialisme US. Elle a des capacités de résistance qu’elle s’emploie à appliquer directement contre son salariat. La bourgeoisie française de part ses positions et sa richesse s’accommode tout à fait d’être d’un rang secondaire .

Son niveau de pouvoir fait qu’elle est beaucoup plus autonome qu’une bourgeoisie compradores du sud qui elle doit se montrer plus servile. Ce qu’a besoin la bourgeoisie française c’est d’une couche intermédiaire d’appui pour passer ses contre-réformes. Elle s’appuie sur l’encadrement supérieur. Le MEDEF quant à lui, n’est pas une organisation d’appui c’est l’outil principal du combat du capital contre les travailleurs salariés et par extension à d’autres couches sociales non salariées, indépendantes. Le MEDEF ne prends pas uniquement pour cible les travailleurs du prive et le code du travail ; il attaque aussi les fonctionnaires et l’Etat lorsqu’il se développe autour de missions publiques de satisfaction des besoins sociaux hors processus marchand, lorsqu’il adopte des modes de gestion publique de biens communs (le terme service public n’est pas connu de tous les pays).

Le G20 répète ce que dit le MEDEF (et vice versa).

Il le fait avec un dogmatisme qui montre surtout sa mission : protéger le capital en général . Lisons Jacques Cossart membre du CS d’ATTAC doté d’un humour corrosif : Bien que personne ne doutait véritablement de la nature des décisions qui allaient sortir de Washington, nos dirigeants ont tenu à préciser explicitement "que ces réformes ne porteront leurs fruits que si elles s’appuient sur des économies fondées sur les principes du libre marché, notamment l’état de droit, le respect de la propriété privée, l’ouverture des échanges et des investissements, la concurrence entre les marchés". Tout est dit : on ne touche à rien ! Les riches resteront riches (moyennant quelques sanctions de lampistes) et les pauvres plus pauvres et les couches moyennes s’appauvriront (cf CREDOC).

Le G20 est composé des Etats-Unis, des pays de l’Union européenne et les pays riches de l’OCDE . Il tend à montrer de façon symbolique, par sa composition, une globalisation des pays du sud (ici au sens élargi des non G20) dans la mesure ou les dirigeants du sud ne sont pas convoquées à la discussion. Cette opération tend à unifier en façade seulement les bourgeoisies compradores du sud avec leur peuples-classe . Or il s’agit là d’une conception naïve et homogénéïsante de ces populations qui sont clivées. Cet effet de masque idéologique ne doit pas changer le cadre de notre solidarité anti-impérialiste. Ce cadre ne pourrait être modifié qu’avec l’émergence d’une élite dans certains pays du Sud clairement engagée dans la défense et promotion de leur peuple-classe. Une séparation serait maintenue entre ce groupe social et le peuplle-classe mais une séparation réduite. Parler d’élite et non de couche dominante peut faire problème. Le terme élite signifie reconnaissance supériorité politico-intellectuelle d’un groupe social. Mais cette supériorité peut ne pas être mise au service de la domination de classe. Elle peut même être engagée dans un combat de classe soldaire du peuple-classe. En somme elle travaille à réduire le fossé entre elle-même et le peuple-classe.

La solidarité d’un peuple-classe à un autre peut s’accompagner d’une solidarité vigilante avec certains dirigeants qui de Thomas Sankara en Afrique à Evo Morales en Amérique latine montrent qu’il existe des figures politiques et des organisation politiques qui impriment dans le respect de la démocratie des changements qui mènent vers l’émancipation.

Christian DELARUE

responsable antiraciste et altermondialiste



20/02/2009
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 65 autres membres