Juancitucha

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Yma Sumac, fin de culte


La diva andine s'est éteinte samedi à Los Angeles. Elle avait 86 ans.

© DR | Yma Sumac. Une voix et une personnalité uniques.

 

 


Découvrez Yma Súmac!

 



 

C'était la princesse inca, la Castafiore andine, la diva du kitsch! Yma Sumac, de son vrai nom Zoila Augusta Emperatriz Chavarri del ­Castillo, seule soprano au monde capable de chanter sur cinq octaves, s'est tue pour toujours samedi dernier à son domicile de Los Angeles. Elle avait 86 ans.

Yma Sumac n'était ni une cantatrice classique, ni une chanteuse pop. Unique dans sa catégorie, la grande prêtresse de l'exotisme musical n'avait jamais pris une véritable leçon de chant. Née le 13 septembre 1922 au Pérou, elle grandit à ­Ichocan, un village perché sur la cordillère des Andes. Très tôt, la petite fille veut devenir cantatrice. Sa famille tente de l'en dissuader.

Qu'à cela ne tienne! D'après la légende, à 9 ans, elle chante à tue-tête sur des sommets escarpés, avec pour toute audience un parterre de rochers. N'ayant aucun autre modèle vocal à disposition, elle imite les vocalises des oiseaux, et développe ainsi la technique la plus phénoménale — et la moins orthodoxe — de l'histoire du chant.

Devenue un phénomène local, elle n'a que 13 ans lorsque la radio argentine l'invite à se produire sur ses ondes. Le succès est tel, que toute l'Amérique latine veut l'écouter. A 21 ans, elle enregistre ses premiers disques: 16 chansons publiées en Argentine et rééditées en CD.

Son registre couvre déjà presque cinq octaves, des aigus les plus étincelants aux graves les plus profonds, sans que jamais le velouté de la voix n'en pâtisse. Elle rencontre le chef d'orchestre Moisés Vivanco, qui demande sa main. Soucieux d'aider la carrière de son épouse, il la rebaptise Imma Sumack, nom d'artiste qui sera plus tard simplifié en Yma ­Sumac.

«Fille du dieu Soleil»

Dans ses spectacles, elle incarne une divinité inca, la «fille du dieu Soleil», et revêt des costumes à l'exotisme extravagant. Le tout sur fond de mambos et de chansons folkloriques andines. La chanteuse reçoit même un certificat des autorités péruviennes prouvant qu'elle est, par sa mère, une descendante directe de ­Atahualpa, le dernier empereur inca!

Elle tente alors sa chance à New York. Un producteur de Capitol Records l'entend chanter et lui fait aussitôt signer un contrat d'enregistrement. Premier fruit de cette collaboration, l'album Voice of the Xtabay sort en 1950 et se vend à 100 000 exemplaires en quelques semaines, uniquement par le bouche à oreille.

Les portes de la carrière internationale s'ouvrent alors toutes grandes pour Yma Sumac. La chanteuse enchaîne les concerts dans le monde entier, devient une star hollywoodienne (elle tourne notamment en 1954 aux côtés de Charlton Heston dans Le secret des Incas), enregistre des albums constamment réédités, qui restent cultissimes aujourd'hui encore: Legend of the Sun Virgin (1952), Inca Taqui (1953), Mambo (1954), Legend of the Jivaro (1957), Fuego del Andes (1959).

En 1961, Yma Sumac est invitée par Nikita Khrouchtchev en personne pour une tournée de deux semaines en Russie. Son succès est tel, qu'elle y restera six mois! Plutôt que de rentrer aux Etats-Unis, où elle est en délicatesse avec le fisc, la diva poursuit son voyage vers l'Asie, l'Europe et l'Amérique du Sud. A son retour à Los Angeles en 1965, le milieu musical l'a oubliée. Pour relancer sa carrière, Yma Sumac enregistre en 1971 un album psychédélique intitulé Miracles, mais se brouille avec le compositeur Les Baxter. Le disque est retiré du commerce. Il s'arrache aujourd'hui à prix d'or sur eBay…

Dans les années 80, Yma ­Sumac effectue un come-back éblouissant, se produisant à guichets fermés devant des jeunes fans en délire. Jusqu'au bout, la «fille du dieu Soleil» aura fasciné les foules.



28/11/2008
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